The equestrian lifestyle community.

Pénélope Leprevost : « Être championne olympique n’a jamais été mon rêve »

Elle conjugue son amour pour les chevaux avec la performance, la persévérance et le travail de haut niveau. Rencontre avec Pénélope Leprevost, la championne olympique d’équitation.

Horsealot : À quand remonte votre passion pour l’équitation ?

Pénélope Leprevost : J’ai grandi à Rouen en famille. J’ai toujours été attirée par les animaux. Nous vivions en appartement à l’époque et je n’avais donc pas la chance d’en avoir. J’ai rencontré les chevaux par hasard, quand un cirque s’est installé près de chez moi. Je devais avoir 3 ans et je suis tombée en admiration devant un poney. Mes parents ne connaissaient pas du tout le monde du cheval, et ils m’ont inscrit dans un centre équestre. J'ai donc été une petite fille comme les autres, qui passait le plus clair de son temps au poney club pour prendre soin des poneys, les brosser. Mon amour du cheval a toujours été plus fort que mon amour de l'équitation. En revanche, j'étais très timide et ma mère raconte toujours qu'une fois sur le poney, j’étais complètement transformée, à l'aise et déterminée, absolument sûre de moi... Plus rien à voir avec celle que j'étais à pied !

Horsealot : Racontez-nous votre parcours ?

P.L : Je ne suis pas issue d’une famille de cavaliers. J’ai découvert l’équitation au poney club. J’ai participé à mes premiers championnats de France Poney à six ans. J’ai fait de la compétition amateur. Une fois mon Bac S en poche, j’ai failli débuter des études d’architecture mais j’ai finalement opté pour une carrière de cavalière professionnelle en 2000. J’ai terminé 3e du championnat de France des cavalières avec Jalisca Solier, avant d’avoir le titre en 2006 avec Karatina puis avec Ichem de Servole l'année suivante. Grâce à ces résultats, j’ai ensuite obtenu ma première sélection en équipe de France.

En 2008, Jubilée d'Ouilly a rejoint mes écuries et j’ai commencé à travailler avec Michel Robert. Mylord Carthago*HN m’a permis de récolter mes premières belles victoires. On a été vice-champion du monde par équipe lors des Jeux équestres mondiaux à Lexington en 2010 et vice-champion d'Europe à Madrid l'année d'après ! À partir de 2011, je suis arrivée à intégrer pour la première fois le Top 10 mondial grâce à d'excellentes montures comme Flora de Mariposa, Vagabond de la Pomme, Nice Stéphanie, Nayana, Dame Blanche Van Arenberg ou encore Ratina d'la Rousserie. En 2014, avec Flora, nous avons été dans l'équipe de France vice-championne du monde à Caen. L'année suivante, 2e de la finale Coupe du monde à Las Vegas avec Vagabond.

En 2016, Flora de Mariposa m’emmène aux Jeux Olympiques de Rio. Je n’oublierai pas le 17 août 2016, nous sommes sacrées championnes olympiques par équipe, devant les Etats-Unis et l'Allemagne. En 2019, Vancouver de Lanlore a été mon cheval de tête et nous avons été sélectionnés pour les Championnats d'Europe. En 2020, nous avions en ligne de mire les JO de Tokyo, qui sont annulés…

Pour moi, la plus belle des choses est de ressentir une forte alchimie, une très belle connexion avec mes chevaux. Je suis en quête du parcours et du résultat parfaits. C’est le bonheur total d’obtenir les deux en même temps, mais c’est si rare ! Parfois on gagne avec un parcours qui n’est pas absolument parfait comme on l’aurait voulu, et d’autres fois, on ne gagne pas, alors qu’on trouve que tout était bien !

Horsealot : Qu’est-ce qu’on ressent lorsqu’on devient championne olympique à Rio ?

P.L : La médaille n’a pas changé ma vie, mais je sais qu’elle a vraiment comblé de joie tout mon entourage ! Cette médaille d’or est le résultat de beaucoup de travail, mais je ne m’arrête pas à cela, j’ai toujours de nouvelles ambitions. Les Jeux Olympiques de Rio ont été un des moments les plus difficiles de ma carrière, et à la fois un de mes plus beaux souvenirs.

Horsealot : Qu’avez-vous envie de dire à la jeune Pénélope Leprévost et à toutes les jeunes cavalières qui nous lisent et qui rêvent d’un tel niveau ?

P.L : Si on veut que ça fonctionne, il faut avoir ce sport dans le sang. Aimer son cheval, s’entendre avec lui, être à l’écoute de tout, voir et comprendre le moindre petit signe de sa part, c’est une vraie relation affective. Il faut véritablement « vivre cheval » dans le sens où, si on n’a pas ça dans le sang, on ne tiendra pas le rythme. Quoi qu’il en soit, je leur dirai que la priorité reste de toujours prendre du plaisir, de donner le meilleur d’eux-mêmes pour atteindre leurs objectifs, et surtout, de ne jamais rien lâcher !

Horsealot : Imaginiez-vous atteindre ce niveau à l’époque ?

P.L : Pas du tout ! Etre championne olympique n’a jamais été mon rêve ! Mon parcours pour arriver à atteindre le haut niveau est un mélange de passion, de détermination, de chance et de jolies rencontres, humaines ou équestres. Il découle également de l’investissement, de « l’acharnement » et de tout le travail que j’ai engagé pour atteindre mes objectifs et essayer de performer.

Horsealot : Vous êtes aujourd’hui ambassadrice de la marque Esthederm. Ce rôle est-il important pour vous ? En quoi consiste-t-il au quotidien ?

P.L : Esthederm est une marque bien implantée dans les sports équestres depuis plusieurs années, puisque Céline Nebout (vice-présidente du groupe Naos Esthederm-Bioderma) et Caroline Morise (Directrice des relations publiques) sont cavalières et passionnées. Si au premier abord, une marque de cosmétiques associée au milieu du cheval peut paraitre étrange, ça ne l’est pas du tout quand on regarde de plus près.

Avec mon rythme de vie et les voyages toutes les semaines, ma peau est malmenée, continuellement exposée quand je suis à cheval, aux agressions du soleil, du vent, des poussières et des différences de température, sans parler de la clim dans les avions. Je vis à 100 à l’heure et mon quotidien est un doux mélange d’exigence, d’efficacité et de passion… Quand on est toujours à l’extérieur comme moi, c’est indispensable de protéger sa peau et les produits Esthederm, notamment les solaires, sont mes meilleurs alliés. Je sais que même si je n’ai que cinq minutes devant moi le matin, je peux prendre soin de ma peau, simplement, et avec une vraie efficacité !

Je suis vraiment fière d’avoir été choisie par cette marque. C’est fantastique pour notre sport que de telles maisons, non équestres, viennent à nous. J’ai un emploi du temps très chargé mais je suis toujours disponible pour mes partenaires. Pour Esthederm par exemple, la communication sur les réseaux sociaux entre ma page Instagram et la leur, Esthederm Riders Club, est très importante. Je réponds à des interviews, je monte mes chevaux en piste aux couleurs de la marque ce qui permet d’avoir des photos et de passer à la télé. Je participe aussi à des remises des prix pour que la marque puisse profiter de plus de visibilité et de retombées grâce à ma présence. J’aime aussi faire découvrir les produits à mon entourage. Je fais au mieux pour contribuer à faire connaître cette marque. Ils le méritent car se lancer dans une telle aventure dans les sports équestres quand on est une marque de cosmétiques nécessite beaucoup de courage et d’audace, ce sont les seuls !

Horsealot : L’équitation est le premier sport féminin en France. Selon vous, en parle-t-on assez ?

P.L : Malheureusement très peu de monde est au courant ! Cela veut dire qu’on en parle pas assez. Pourtant, le cheval est un vecteur de lien social formidable. C’est un animal mais aussi un athlète de haut niveau. Il y a beaucoup d’axes pour communiquer autour de notre sport. Mon partenaire Esthederm me sollicite régulièrement pour répondre à des interviews dans la presse féminine comme Elle, Cosmopolitan, Gala ou encore Madame Figaro. Je réponds toujours présente et cela me tient à cœur de faire connaitre notre sport, d’expliquer à quoi ressemble mon quotidien. Il y a eu Rio en 2016 qui a mis la lumière sur les sports équestres, nous sommes passés sur la plupart des chaines de télé avec la médaille, et puis tout cela est redescendu tranquillement. Bientôt, les Jeux Olympiques de Paris 2024 représenteront un enjeu majeur d’un point de vue médiatique pour toute la filière…

Horsealot : Les voyages font partie intégrante de votre quotidien. Quel séjour vous a le plus marquée ?

P.L : Sportivement, je ne suis pas prête d’oublier la finale de la Coupe du Monde à Las Vegas. Quel dépaysement ! On en prend plein les yeux là-bas avec toutes ces lumières. Je prends très rarement des vacances car mon plaisir est d’être chez moi dans mes écuries, mais celles que je n’oublierai pas, c’est au contact de la nature et des animaux sauvages. J’ai fait un safari en Afrique dont je me rappellerai longtemps.

Horsealot : Votre fille Eden semble bien décidée à suivre vos traces, l’avez-vous encouragée dans ce sens ?

P.L : Non je ne l’ai jamais poussée à faire comme moi. Avec deux parents cavaliers, elle aurait aussi très bien pu rejeter notre sport mais c’est le contraire qui s’est produit et elle est passionnée. Mais depuis toujours, j’ai mis un point d’honneur pour que la priorité soit ses études et elle l’a bien compris. Elle sait très bien s’organiser entre les cours et les compétitions. C’est une très bonne élève au lycée, qui fait aussi de bonnes choses à cheval !

Horsealot : Comment imaginez-vous la suite de votre carrière à cheval ?

P.L : Je vais faire tout ce qu’il faut pour progresser, avancer. Stagner, c’est régresser. Je souhaite aller au bout de tout. Je cherche toujours à m’améliorer, gagner de nouvelles médailles bien sûr, mais en faisant encore mieux. La manière dont on fait les choses compte beaucoup pour moi, c’est porteur de sens. J’aime monter à cheval, que ce soit des épreuves jeunes chevaux ou des rendez-vous plus importants. Et quelle que soit la compétition, j’aspire à être encore et toujours meilleure, tout simplement.

Horsealot : Le confinement a-t-il fait évoluer vos ambitions à moyen terme, votre travail ?

P.L : J’ai beaucoup de chance car je suis installée en Normandie à côté de Deauville, à Lécaude, dans un endroit vraiment magnifique. J’ai passé deux mois avec mes chevaux, ma fille et tous mes autres animaux. Sans les concours et les voyages toutes les semaines, le rythme de vie a vraiment changé. J’ai pris plus de temps pour moi, en faisant par exemple 1h de yoga le matin. J’ai même fait du bricolage ! Je pense que la plupart des jardins des écuries étaient magnifiques pendant cette période car tous les cavaliers se sont mis au jardinage ou au bricolage. J’ai fait des choses que je ne fais pas d’habitude. 

Pour les chevaux, notamment ceux disposant de peu d’expérience, nous avons pu prendre le temps de solidifier les bases. J’ai pu en profiter pour apprendre à former un couple avec les nouvelles recrues. Michel Robert m’a confié Careca (LS Élite), un cheval qu’il montait l’année dernière et qui a été dans mes écuries lorsqu’il était jeune. C’est un fils de Rebeca LS (la jument avec laquelle Edward Levy en Grands Prix CSI 5*) qui a eu neuf ans cette année. Nous avons pu faire connaissance pendant le confinement, je n’attends plus que les concours démarrent ! Il s’agit d’un cheval qui a beaucoup de talent et un avenir très prometteur. Il est un peu délicat donc il faudra que je prenne le temps. J’ai aussi appris à connaître davantage Bingo del Tondou. C’est un fils de Vigo d’Arsouilles que mon cavalier Régis Bouguennec a formé dès le départ. J’en suis la copropriétaire avec la famille Hécart. Régis l’a monté à six, sept et huit ans jusqu’à prendre part à des épreuves à 1,50m la saison passée. J’essaie de former un couple avec lui et je pense qu’il est exceptionnel. J’ai également monté Bolero de Beaufour, un cheval appartenant à Éric Levallois. C’est un étalon par Nabab de Rêve que montait Benoit Cernin et dont Régis a pris les rênes quelques temps. J’ai profité du confinement pour essayer de prendre mes marques avec lui. Il dispose également d’un grand potentiel.

Pour ce qui est de mes chevaux d’expérience, Vancouver, Varennes et Excalibur, ils ont pris des vacances et ont bien profité des paddocks et du soleil. 

Crédit photo : Moises Basallote

Interview : Marie Testa


À lire également :

Margaux Rocuet : « Un cavalier donne tout son temps et sa vie aux chevaux, il n’y a pas de demi-mesure possible »

Marie Sapin : « Mon équilibre se trouve avec les chevaux »

Esthederm : quand la beauté se passionne pour l’univers équestre


Horsealot inspiration © Moises Basallote Pénélope Leprevost : « Être championne olympique n’a jamais été mon rêve »

© Moises Basallote

Derrière l'inspiration
Horsealot inspiration © Moises Basallote Pénélope Leprevost : « Être championne olympique n’a jamais été mon rêve »

© Moises Basallote


Horsealot inspiration © Moises Basallote Pénélope Leprevost : « Être championne olympique n’a jamais été mon rêve »

© Moises Basallote

Derrière l'inspiration
Horsealot inspiration © Moises Basallote Pénélope Leprevost : « Être championne olympique n’a jamais été mon rêve »

© Moises Basallote


Horsealot inspiration © Jessica Rodrigues Pénélope Leprevost : « Être championne olympique n’a jamais été mon rêve »

© Jessica Rodrigues

Derrière l'inspiration
Horsealot inspiration © Jessica Rodrigues Pénélope Leprevost : « Être championne olympique n’a jamais été mon rêve »

© Jessica Rodrigues